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Les plafonds
 
Les plafonds de la salle de prière de la Grande Mosquée de Kairouan retracent l’histoire de la peinture sur bois, en Tunisie, pendant presque mille ans, depuis le début du IXème jusqu’au XIXème s. Ils constituent un catalogue exceptionnel du répertoire décoratif ifriqiyen sur bois. Les plafonds de la salle de prière semblent avoir subi plusieurs remaniements à travers les siècles. Malheureusement, les travaux de restauration, exécutés au cours des années 60, ont beaucoup nui à leur authenticité. On a enlevé les anciennes couvertures qu’on a remplacées par une dalle en béton armée. Les anciens plafonds ont été raccrochés à la nouvelle chape par des tenailles en fer et ne jouent plus actuellement que le rôle de faux plafond. Néanmoins, la disposition générale actuelle reproduit assez bien celle que les Aghlabides avaient mise en place.Ce dispositif se présente comme suit :
Dans la partie occupée par les nefs, les plafonds recouvrent, indépendamment les uns des autres, chacune de ces allées. Des linteaux ont été disposés parallèlement les uns aux autres d’un mur à l’autre, c’est-à-dire qu’ils sont perpendiculaires aux arcades sur lesquelles ils prennent appui. Ils reposent sur des consoles et un caisson protège leurs extrémités.
Ces linteaux-entraits supportent à leur tour des solives orientées nord-sud et ces dernières servent d’appui à un voligeage de bois sur lequel est posée la terrasse.
La nef longeant la Qibla est semblablement plafonnée. Mais, les entraits sont disposés nord-sud pour prendre appui sur le mur de la Qibla et sur celui de l’arcade parallèle à ce mur.
Les consoles offrent une exceptionnelle variété de style et de décor ; en forme de corbeau ou de sauterelle aux ailes déployées ou fixes, elles combinent un décor floral peint ou sculpté avec des rainures. L’architecture ifriqiyenne offre des modèles semblables en pierre, dés le IXème siècle, alors que l’orient ne nous a pas légué de consoles permettant d’établir une quelconque comparaison.
Mais, les plafonds de la salle de prière de la grande mosquée de Kairouan enchantent par l’ornementation de leurs entraits, poutres et planches. Les parties les plus anciennes datent de l’époque de Ziyadat Allah I ou de celle du prince Ibrahim 2. Elles se distinguent par leur flore stylisée, formée d’entrelacs et rameaux d’où émanent des fleurons et palmettes stylisées. Les tonalités des couleurs sont chaudes où le rouge amarante ou brique triomphe du jaune ocre, du vert olive et du bleu turquoise à côté de quelques écritures koufiques. Il semble que ces plafonds furent rénovés à l époque ziride, ceci est corroboré par la présence d’une inscription signalant que les travaux furent exécutés par les soins d’Abu al-Qasm Ibn Muhammed Ibn Abi al-Arab, qui fut gouverneur de l’Ifriqiya, en 398H/1008. Le décor des entraits et des solives de cette époque, est caractérisé par une écriture koufique fleurie où les hampes des lettres se terminent par un fleuron bilobé. La plate-forme de couleur marron est garnie d’un décor floral simplifié et estampé, très représenté sur les stèles funéraires kairouanaises datées de la même époque. L’empreinte hafside est attestée par la présence d’une inscription sur une frise qui se répartit entre les quatre faces d’une travée de la salle de prière ; elle porte le texte suivant : «Je demande à dieu de me préserver de Satan, le Lapidé - Basmala- Taslîa. Ceci a été fait par ordre de l’émir vénérable et béni ’Abû Zakarîa, fils du Shaykh auguste, sanctifié, le plus fortuné, le magnanime, le plus illustre, le plus pur, le victorieux, le fortifié par l’aide de dieu,’Abû Muhammad, fils de l’auguste combattant pour la cause de dieu, le sheikh sanctifié ’Abû Hafs-puisse dieu perpétuer leurs possessions et affermir leur félicité ! – pour obtenir une récompense de dieu et dans le désir de lui être agréable.
« Leur Seigneur leur bienveillance et des jardins où ils goûteront des délices constants. Ils y demeureront à jamais car dieu dispose d’une magnifique rétribution».

Et a été terminé dans la dernière dizaine du noble mois de Sha’ban de l’année 64…

«O vous qui croyez ! Craignez dieu comme Il doit être craint».
L’achèvement du plafond daté de la dernière décade de sha’ban 64…ne peut être antérieur aux dix derniers jours de sha’ban 641 (1-11fév.1244) ni postérieur au dernier jour de sha’ban 646 (17 déc.1248)
Le décor des plafonds hafsides s’inspire du répertoire hispano-mauresque ; il est constitué de motifs floraux blancs et bleus qui interfèrent avec des arcs polylobés de couleur verte. Quelques entraits furent aussi rénovés à l’époque du Bey Mourad I, en 1028 H /1618-1619. Ils portent comme décor de longs textes en noir et rouge avec jeu de fond vert olive. L’écriture est koufique abâtardie ; ce décor fut orné par Muhammed fils d’Abu an-Nur fils d’Ahmad al Qafsi.
D’autres travaux furent exécutés, à l’époque ottomane, essentiellement au XVIIIè s., comme l’attestent des inscriptions en écriture naskhi blanche sur un fond oranger. Ainsi s’achève un répertoire qui retrace plus de mille ans d’art de peinture sur bois. Les plafonds de la Grande Mosquée de Kairouan offrent une collection unique dans le monde musulman de par son ancienneté et sa variété, elle mérite à elle seule une étude à part.
   
       
   
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